Titänli

Mahler en version titanesco-microcosmique – en première mondiale

13 septembre 2019

Deux arrangements pour ensemble sont au centre de la production TITÄNLI *: la première symphonie de Mahler étincelle dans la version de Klaus Simon pour 16 instruments et un ensemble mixte accompagne l’énigmatique lied « Maiblumen blühen überall » (version Graziella Contratto) d’Alexander Zemlinsky, collègue… et rival de Mahler en quelque sorte! Le MythenEnsembleOrchestral soulève la musique confessionnelle exubérante du jeune Mahler dans cette version de poche et accompagne également la soprano Lisa Larsson au-dessus des abysses psychologiques de l’œuvre de Zemlinsky. Il s’agit d’un enregistrement de première mondiale. Ces deux enregistrements sont des premières mondiales.

 

*TITÄNLI est le diminutif en dialecte Suisse allemand pour ‘Titan’, le titre choisi par Mahler pour la création de sa première symphonie à Budapest en 1889.

Écouter

1 - 1.Langsam, schleppend

Mahler / Simon - 1. Symphonie

2 - 2. Kräftig bewegt, doch nicht zu schnell

Mahler / Simon - 1. Symphonie

3 - 3. Feierlich und gemessen

Mahler / Simon - 1. Symphonie

4 - 4. Stürmisch bewegt

Mahler / Simon - 1. Symphonie

5 - Langsam

Zemlinsky / Contratto - Maiblumen blühten überall

Interview avec l’arrangeur Klaus Simon

Cher Klaus Simon, pourriez-vous décrire votre affinité particulière avec la musique viennoise du Fin de siècle?
Je dois avouer que les compositeurs viennois aux environs de 1900 m’ont fasciné les dernières dix années. Bien sûr, cette époque est magnifique, car elle fait le pont entre le romantisme tardif et le début des temps modernes, mais il faut bien préciser : toutes les activités culturelles à Vienne étaient incroyables à cette époque-là, c’était un vrai melting pot : Freud, Klimt, Schiele, Wedekind et plein d’autres mettent très haut la barre dans le classement mondial pertinent pour les arts. Entre 1870 et 1914, Vienne était probablement la ville culturelle la plus importante du monde, malgré la forte concurrence de Paris et de Berlin.

Le respect de l’original peut-il être inhibiteur? Si oui, comment surmontez-vous cet obstacle?
Je n’ai jamais ressenti ça. Au contraire: s’engager dans la musique de Mahler m’inspire beaucoup parce qu’il était un compositeur vraiment original. Dans chacune de ses dix symphonies, vous pouvez découvrir quelque chose de nouveau quoique familier. Pour moi, il est devenu un bon ami à qui je resterai toujours enclin aussi longtemps que je vivrai.

Lorsque Schoenberg et ses étudiants ont fondé l’association pour la promotion des représentations privées, les arrangements commandées suivaient une motivation financière mais, bien évidemment, artistique: lequelles vous ont incité à poursuivre ce «travail associatif»?
Schoenberg a dit un jour qu’il s’intéressait à la vérité musicale. Bien sûr, une grande œuvre orchestrale peut impressionner avec une instrumentation brillante. Mais toutes les symphonies ne survivent pas à la réduction, puisque je me focalise sur 14 à 17 instruments. Il existent des passages dans les symphonies de Mahler (en particulier dans l’œuvre tardive), qui sont encore plus intenses dans la version de musique de chambre, car l’intimité se révèle encore plus pertinente. En réalité, je vois mon activité d’arrangeur dans le respect de l’esthétique de Schoenberg. Cela a toujours été très important pour moi. Il ne s’agissait pas de moi, mais du travail respectif et de la question de la meilleure manière de le disposer pour 14 à 17 instruments, sans perdre ni même aliéner le son typique de l’original. Je suis toujours heureux d’apprendre que c’est effectivement le cas.

Vous avez déjà arrangé avec succès plusieurs symphonies et des cycles de lieder de Mahler pour ensemble: existe-t-il encore des moments où vous êtes réticent à repenser les partitions? Quelles solutions trouvez-vous alors? Y avait-il un tel passage dans la première symphonie?
Eh bien, l’arrangement de la première symphonie a été mon premier arrangement d’une grande symphonie « sans flotteurs ». Jusqu’alors, j’avais arrangé la quatrième symphonie de Mahler, qui est beaucoup plus chambriste que la première. Pensez aux huit cors du 4ème mouvement!
Grâce à la première de Mahler, j’ai trouvé un effectif standard que je continue à utiliser pour l’instant dans tous les arrangements de Mahler. Je double les clarinettes et les cors et, entretemps, je préfère l’accordéon à l’harmonium, car il est beaucoup plus flexible et dynamique, en plus vous trouverez toujours des musiciens professionnels !

Il n’y a pas de solution brevetée, mais je connais très bien les instruments et leurs possibilités (je pense) et j’écris toujours pour des musiciens exigeants. Les arrangements sont plus difficiles à jouer que l’original, car tout le monde a plus de notes à jouer, en particulier les vents. Parfois, les cors et la trompette gémissent sous le poids de la difficulté, ils doivent s’appliquer d’une manière incroyable…

Vous êtes également chef d’orchestre et couronné de succès avec votre propre ensemble, la Holst Sinfonietta. Est-ce que vous discutez vos arrangements avec certains musiciens de votre ensemble? Est-ce utile? – Vos arrangements sont interprétés dans le monde entier ...
Oui, bien sûr. Dans le processus de développement, j’appelle parfois certains musiciens et je pose des questions du genre  « Combien de temps faut-il à une flûte pour passer au piccolo ou vice-versa? » ou « Est-ce que ce changement de pédale est possible à la harpe ou non? ». Je me souviens d’une position de clarinette très aiguë où mon clarinettiste avait de grandes réserves, mais il a finalement réussi à réaliser le son demandé. Heureusement, c’était très bruyant autour…. (Bien sûr, cela n’aurait pas été raisonnable en pp …)

Mahler a fait beaucoup d’expériences dans sa première symphonie (même si – comme on le sait aujourd’hui – son jeune camarade au conservatoire de Vienne, Hans Rott, avait déjà développé certains éléments bien avant Mahler). Pourquoi avez-vous choisi l’accordéon et le piano pour votre arrangement? Personnellement, je trouve ce choix particulièrement réussi dans les passages plutôt yiddish au mouvement lent.
L’association Schönberg a utilisé l’harmonium pour des concerts privés afin de compléter les parties à vent manquantes. C’est une sorte de tradition que j’ai volontiers reprise. Dans la première représentation de mon arrangement de la quatrième symphonie de Mahler,’ l’ensemble contenait encore un harmonium. Quatre ans plus tard, j’écoutais pour la première fois à Chiemsee un concert de «ma» Mahler 4 avec accordéon et j’étais immédiatement convaincu: cela sonne beaucoup mieux que l’harmonium «original». Il faut aussi savoir que l’harmonium était encore en vogue jusqu’aux années vingt du XXe siècle et que l’accordéon n’était à peine connu dans la musique ‘sérieuse’. Seul Hindemith avait consacré une partie importante d’accordéon dans sa Kleine Kammermusik op.24,1. Après cela, l’accordéon est monté en prestige et l’harmonium a progressivement disparu des partitions.
Bien sûr, le piano est merveilleusement polyvalent, offre un périmètre énorme et peut facilement remplacer les timbales et d’autres instruments. Sans harmonium / accordéon ou piano, vous auriez besoin de beaucoup plus d’instruments.

Quels parties de composition étaient parmi les plus complexes pour vous en tant qu’arrangeur: les passages volumineux, les moments plus tendres? Comment gérez-vous les effets de contraste dans la musique de Mahler lorsque le volume écrasant de l’effectif symphonique est tellement réduit ?
Il est beaucoup plus facile de produire des effets subtils que d’imiter le tutti d’un orchestre de 100 musiciens avec seulement 16 musiciens. La finale de la première symphonie est parfois très puissante, avec un quintette à cordes, vous atteignez rapidement vos limites. Vous avez besoin de musiciens très sensibles qui sont habitués à jouer ensemble, sinon ce sera difficile.
La connaissance de la partition de la première symphonie de chambre en mi majeur op. 9 de Schoenberg m’a également aidé. Elle compte également beaucoup plus d’instruments à vent que de cordes. C’est un morceau merveilleux pour apprendre à bien arranger ….

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